(Poème en Langue des Signes Italienne non traduite)
(durée : 6’20’’)
La poète que vous avez vu sur la vidéo s’appelle Lucia Daniele. D’origine italienne, c’est une poète reconnue parmi les artistes européens. Ce n’est pas un cas isolé, elle fait partie des nombreux artistes à travers le monde, poètes reconnus ou poètes en herbe, qui font de la poésie en langue des signes. En Europe, on peut admirer les œuvres de ces artistes, et notamment au festival Clin d’œil en France, où nombre d’entre eux se produisent. A titre d’exemple, Lucia Daniele, dont nous venons de parler, Gabriele Caia, originaire d’Italie également, Jurgen Endress, Benedikt Feldmann, et Ace, tous trois allemands, et bien d’autres encore. Mais on peut se demander comment cette poésie signée a vu le jour, quelles sont les règles qui la régissent, qui s’est livré à son étude pour définir ses normes. C’est en fait grâce à l’Américain Clayton Valli que tout a commencé.
Clayton Valli a eu un parcours très particulier. Né en 1951 dans le Massachusetts, il a suivi sa scolarité dans une école pour sourds dans le Vermont, d’où il est sorti avec un diplôme de photographe. Il est ensuite entré à l’université dans le Nevada dans le but d’obtenir un baccalauréat en art. Diplôme en poche, il a poursuivi ses études en psychologie sociale, mais a rapidement changé de voie pour intégrer l’université Gallaudet où il a passé une maîtrise de linguistique. Il ne s’est pas arrêté là, puisqu’il est allé jusqu’au doctorat de linguistique et de poésie en ASL dans une université de l’Ohio.
En 1993, en obtenant son doctorat, il a été le premier poète sourd reconnu et diplômé. Il a également été le premier à définir formellement le style poétique de la langue des signes. Chose qui n’existait auparavant que dans les langues écrites. Il a voyagé à travers les États-Unis afin de présenter son œuvre. En tant qu’artiste, il admirait Robert Frost, ainsi que le célèbre poète sourd Bernard Bragg. Ils l’ont tout deux beaucoup influencé avant qu’il ne crée son propre style. La poésie en langue des signes répond à différents critères qui sont : l’iconicité, le mouvement, les placements, les répétitions et les expressions du visage. Elle utilise très souvent la nature comme métaphore de la communauté sourde et de sa culture bien spécifique. En voici un exemple choisi parmi les poèmes de Clayton Valli. Il s’intitule « Dandelions », terme anglais qui signifie « pissenlit ». Cette poésie raconte comment les fleurs de pissenlits poussent et repoussent inlassablement même si les humains qui les considèrent comme de la mauvaise herbe les arrachent sans cesse. C’est une métaphore où les fleurs représentent l’ASL et les humains les oralistes qui tentent de faire disparaître cette langue mais n’y parviennent jamais.
Clayton Valli a donc formalisé les principes de la poésie en langue des signes ; notamment le rythme et le mouvement qui sont très caractéristiques. Au fur et à mesure qu’il avançait dans ses travaux, il a été reconnu par les sourds du monde entier. Il a lui-même voyagé dans de nombreux pays pour diffuser ses connaissances. Il a également enseigné la linguistique à l’université Gallaudet et a étudié l’ASL en tant qu’objet sociolinguistique. Aidé de plusieurs collaborateurs, il a rédigé différents livres, dont le plus important est « Linguistics of American Sign Language : An Introduction ». Il est aussi l’auteur d’un dictionnaire ASL à l’université Gallaudet... Ce ne sont là que deux exemples parmi d’autres. En plus de ses travaux à Gallaudet, il a enseigné la poésie dans une école pour sourds de l’Ontario, au Canada, à Milton.
Aujourd’hui reconnu dans le monde entier pour son œuvre, on se souvient aussi de son long combat afin que les écoles pour sourds utilisent la langue des signes.
Atteint du sida, son état s’est dégradé jusqu’à son décès en 2003 où les sourds ont eu conscience qu’un grand artiste sourd venait de disparaître. Il a marqué les mémoires et c’est pourquoi nous lui rendons hommage aujourd’hui. Nous avons tous en chacun de nous un poète qui sommeille, laissons-le s’exprimer devant une caméra... La poésie, c’est si beau !
(Poème en ASL de Clayton Valli non traduite)
(Poème iconique de Benedikt Feldmann non traduite)
Sources :
> (Eng) Wikipedia - Clayton Valli